Maires réticents, instits prêts à faire grève, parents inquiets… la rentrée du 11 mai en sursis ?

Maires réticents, instits prêts à faire grève, parents inquiets… la rentrée du 11 mai en sursis ?

Lundi 11 mai, les enseignants sont appelés à reprendre le chemin des écoles. Le lendemain, les premiers écoliers sont attendus pour une deuxième rentrée pas comme les autres, en pleine épidémie de coronavirus. Mais à une semaine de ce retour à l’école, de très nombreuses questions restent en suspens. À tel point que des maires ont demandé son report.

La cloche va-t-elle sonner dans toutes les écoles mardi 12 mai comme souhaité par le président de la République et le gouvernement ? À une semaine de « cette rentrée Covid-19 », l’incertitude semble gagner du terrain.

Arrivée des enfants dans les établissements, distanciation, gestes barrières, désinfections des locaux, repas,… l’organisation du retour à l’école vire au casse-tête pour l’ensemble des acteurs concernés (enseignants, directeurs, maires, Atsem, etc). Ajoutez à cela des parents qui se posent encore de nombreuses questions au regard des zones de flou encore nombreuses, et on se demande bien à quoi ressemblera ce retour à l’école et s’il aura bien lieu partout en France.

« Mission impossible » pour de nombreux maires

À une semaine du gong, de plus en plus de maires disent en effet éprouver les plus grandes difficultés à préparer cette rentrée. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron et publiée sur le site de La Tribune dimanche, 329 maires d’Ile-de-France, parmi lesquels figure la maire PS de Paris, Anne Hidalgo, demandent de repousser la réouverture des écoles à une date ultérieure au 11 mai, dénonçant un déconfinement « à marche forcée ».

« Nous, maires d’Ile-de-France, vous demandons solennellement de repousser la date de réouverture des écoles s’agissant des départements classés rouges et en particulier de l’Ile-de-France à une date ultérieure au 11 mai, qui permettra l’application stricte d’un protocole sanitaire tout aussi strict qui commence à peine à être diffusé aux villes », écrivent ces maires. Le calendrier « est, dans la plupart de nos communes, intenable et irréaliste », ajoutent-ils. Pour beaucoup, c’est tout simplement « mission impossible ».

Et ces édiles franciliens ne sont pas les seuls à dire non à un retour à l’école le 11 mai. Mercredi dernier, soit juste au lendemain de l’annonce par Édouard Philippe du plan de déconfinement, les maires de 36 communes de la communauté d’agglomération de Lens-Liévin (Pas-de-Calais) avaient annoncé que leurs écoles, garderies et cantines ne rouvriraient pas le 11 mai. Ces derniers disent vouloir « respecter les préconisations du comité scientifique ».

Mêmes inquiétudes dans les territoires plus ruraux. « Le protocole sanitaire censé être notre bible la prochaine semaine pour organiser l’accueil des élèves à la rentrée n’est toujours pas en notre possession », déplore par exemple Dominique Dhumeaux, président de l’Association des maires ruraux de la Sarthe et maire de Fercé-sur-Sarthe.

Se pose par ailleurs la question de la responsabilité des maires. Le président (LR) de l’Association des maires de France (AMF), François Baroin, souhaite que les maires ne deviennent pas « des kamikazes » en matière de responsabilité pénale dans la mise en œuvre des mesures de déconfinement.

Des préavis de grève déposés par les enseignants

Également en première ligne, les enseignants s’interrogent. Plusieurs syndicats de l’enseignement ont dénoncé ces derniers jours une date de réouverture arbitraire, la principale organisation du primaire SNUipp-FSU regrettant qu’elle n’ait été validée par aucune autorité médicale.

La publication dimanche par le ministère de l’Éducation nationale de la version définitive du protocole sanitaire précisant les modalités pratiques de réouverture et de fonctionnement des écoles maternelles et élémentaires, n’a rien arrangé.

Port du masque pour les enseignants, règles de distanciation, gestes barrières, désinfection régulière des locaux et des objets,… les mesures imposées semblent à nombre d’enseignants impossibles à mettre en place en si peu de temps et à respecter pour les plus jeunes enfants. « Que ce soit le lavage des mains ou la distanciation sociale… allez dire à un enfant de trois ans d’aller aux sanitaires seul et de se mettre à la sieste sans qu’un adulte soit près de lui pour l’installer. Si on pouvait le faire, cela se saurait », dénonce Céline Prier-Chéron, professeur des écoles en maternelle, représentante du SNUIPP en Eure-et-Loir, et cité par France 3 Val-de-Loire .

Dans un communiqué diffusé dimanche soir, le syndicat Sud dénonce des « exigences intenables à mille lieues des préoccupations pédagogiques » et réclame une réouverture des établissements en septembre.

L’argumentaire de Blanquer démonté

De nombreux professeurs des écoles doutent de l’argumentaire du ministre Blanquer évoquant la nécessité de ne pas laisser trop longtemps sur le bord du chemin les enfants dont le lien avec l’école a été rompu par le confinement. « Vous pensez vraiment que les familles dont on est sans nouvelle depuis deux mois vont remettre leurs enfants à l’école ? Les moyens qu’ils proposent sont en totale contradiction avec leur but ! » dénonce par exemple le SNUipp-FSU de la Gironde.

Autant d’inquiétudes dans le corps enseignant qui ont trouvé leur prolongement dans plusieurs préavis de grève. »Nous avons déposé un préavis de grève qui court du 11 mai au 4 juillet, » confirme Sonia Perez, cosecrétaire du SNUipp-FSU de l’Essonne au Parisien . « Si toutes ces demandes ne sont pas obtenues, nous pourrions également faire jouer notre droit de retrait. » Même posture ou presque en Gironde où le premier syndicat des enseignants du primaire s’est dit prêt à déposer un préavis de grève en vue du 11 mai. » »

De nombreux parents prêts à garder leurs enfants

Combien y aura-t-il d’enfants à se présenter devant les grilles des écoles mardi prochain ? Bien difficile de le savoir. La plupart des communes et villes ont sondé, ou sont en train de le faire, les parents d’écoliers pour connaître leurs réelles intentions. Et beaucoup s’interrogent encore.

« Dans l’état actuel des choses, je n’envisage pas de remettre Mattéo – prénom d’emprunt – à l’école le 12 mai », confie Sabine, Rennaise. Cette maman « doute que les conditions sanitaires requises soient au rendez-vous dès le 12 mai ». Mattéo, scolarisé en CE2 devrait donc attendre pour retrouver ses copains. Une amie de Sabine fera le même choix. « Le déconfinement va nous permettre de retrouver les grands-pères et grands-mères, il serait dommage que les petits enfants les contaminent après avoir passé quelques jours à l’école. »

Ouest-France a posé la question du côté de Vannes. Sur près de 7 000 personnes ayant répondu à notre sondage, 73 % disent ne pas vouloir renvoyer leur(s) enfant(s) en classe.

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